Désindustrialisation française : causes et vrais chiffres #
Comprendre la désindustrialisation française au-delà des idées reçues #
Le terme de désindustrialisation désigne, dans le langage des économistes, une situation où, simultanément, la part de l’industrie dans le PIB recule et l’emploi industriel diminue dans l’emploi total. C’est cette double dynamique que l’Insee et la Banque de France constatent, la part de l’Industrie dans la production passant de 28,1 % en 1960 à 13,5 % en 2025, tandis que les effectifs industriels chutent de 4,2 millions de salariés en 1949 à environ 2,9 millions de salariés au milieu des années 2020.[2][4]
La France se distingue dans le G7 : selon des analyses relayées par des organismes comme Professions Financières ou la DGE, elle figure, avec le Royaume‑Uni, parmi les pays où le recul de l’Industrie est le plus marqué, loin derrière l’Allemagne dont la part industrielle reste nettement supérieure.[1][6] Pourtant, cette baisse de poids relatif ne signifie pas effondrement de la Production : en euros courants, la valeur ajoutée industrielle dépasse aujourd’hui les 1 200 milliards d’euros, contre environ 38 milliards d’euros en 1960, ce qui illustre la montée en puissance des gains de productivité et des changements de prix relatifs.[4]
- Définition clé : la désindustrialisation est un phénomène relatif (poids dans le PIB, part dans l’emploi), non une disparition absolue de la production industrielle.
- Spécificité française : recul plus rapide que dans d’autres pays européens, avec une forte tertiarisation et un déficit commercial structurel sur les biens manufacturés.
- Notre analyse : nous soutenons que réduire la désindustrialisation à la seule fuite des usines ? vers l’Asie est une vision incomplète, qui occulte le rôle central du progrès technique, des préférences de consommation et de la fiscalité de production.
Une trajectoire historique : de l’âge d’or industriel aux années 2020 #
Au début des années 1960, la France est une économie fortement industrialisée. L’industrie manufacturière représente près de 25 % de la valeur ajoutée en 1961 et environ 28 % de la Production nationale au début de la décennie.[2][4] Les grands groupes nationaux comme Renault, PSA Peugeot‑Citro?n, Saint‑Gobain, Usinor‑Sacilor structurent le paysage, tandis que les bassins industriels de Lorraine, du Nord‑Pas‑de‑Calais et de la région Auvergne‑Rhône‑Alpes concentrent hauts‑fourneaux, chantiers navals et usines automobiles.
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À partir de 1974, avec les chocs pétroliers, la tendance s’inverse. Les données compilées par Wikipedia et des travaux académiques montrent que l’emploi industriel recule en France d’environ 1,5 % par an jusqu’au début des années 2000, quand les services progressent de 1,5 % à 2 % par an.[2] Entre 1979 et 1984, la désindustrialisation est particulièrement brutale : les suppressions de postes se comptent en centaines de milliers, avec un pic de 624 000 emplois industriels perdus entre 1979 et 1980 selon certaines estimations.[2]
- 1980–2007 : les études du Centre de recherche en économie et gestion (Creg, Académie de Versailles) indiquent la suppression de 1 913 500 emplois industriels, tandis que la part de la valeur ajoutée industrielle dans le PIB passe de 24 % à 14 %.[3]
- 1975–2015 : la Banque de France chiffre la baisse de la part de l’Industrie manufacturière dans le PIB de 19 % à 10 %, soit un recul de 9 points en quarante ans.[5]
- 2000–2019 : le ministère chargé de l’Industrie (DGE, Ministère de l’Économie) recense la perte de 900 000 emplois manufacturiers, soit une chute de 27 % des effectifs, contre 13 % en moyenne dans l’Union européenne et seulement 6 % en Allemagne.[6]
À l’horizon des années 2010–2020, la trajectoire reste orientée à la baisse sur le plan de l’emploi, mais avec un infléchissement. L’Insee indique que les emplois industriels passent de 4,2 millions en 1949 à 2,9 millions au milieu des années 2020, soit une perte cumulée d’environ 2,5 millions d’emplois depuis 1974.[2][4] Du côté de la production, la valeur ajoutée continue néanmoins de progresser, ce qui confirme l’idée d’une désindustrialisation principalement relative, liée à la tertiarisation et aux gains de productivité.
Les vraies causes de la désindustrialisation française #
Les débats publics insistent souvent sur les délocalisations vers la Chine ou l’Europe de l’Est. Les travaux de la Direction générale du Trésor et de la Banque de France invitent à nuancer fortement cette vision. Une étude de 2010 du Trésor attribue 65 % des emplois industriels supprimés entre 2000 et 2007 au seul progrès technique, c’est‑à‑dire aux gains de productivité qui permettent de produire autant, voire plus, avec moins de main‑d’œuvre.[2]
Les économistes Lionel Fontagné et Hervé Boulhol, dans des travaux cités par le Creg, montrent que la demande relative en biens industriels commence à décroître au‑delà d’un niveau de revenu d’environ 8 690 dollars de 1997, seuil que la France franchit dès 1960.[3] Autrement dit, à mesure que le revenu augmente, les ménages consacrent une part croissante de leur budget aux services (santé, loisirs, finance, numérique) et une part moins dynamique aux biens industriels, même si leur consommation en volume continue de progresser.
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- Progrès technique : automatisation, robotisation, technologies de contrôle numérique, qui permettent à des groupes comme Renault ou Stellantis de produire davantage de véhicules avec des équipes plus réduites.
- Évolution de la demande : montée des services, de l’économie numérique et de la santé, au détriment relatif de la fabrication de biens matériels.
- Mondialisation et concurrence : ouverture commerciale, chaînes de valeur mondiales pilotées par des leaders comme Apple dans l’électronique ou Huawei, qui imposent une pression intense sur les coûts.
Sur le rôle du commerce international, la même étude du Trésor montre que, entre 1980 et 2007, seulement un tiers des emplois détruits dans l’industrie est directement imputable aux échanges extérieurs, les deux autres tiers résultant de la productivité et de l’externalisation d’activités industrielles vers les services (logistique, maintenance, informatique, R&D, ingénierie, etc.).[2][3] Dans un groupe comme Airbus, constructeur aéronautique européen, une partie des emplois relevant des bureaux d’études ou de l’ingénierie est statistiquement classée dans le tertiaire, alors qu’elle reste au cœur de la chaîne industrielle.
L’autre spécificité française tient à la compétitivité coût et hors prix. Selon des analyses relayées par le site Professions Financières, la France subit une fiscalité de production plus lourde que ses voisins, avec un taux de prélèvements obligatoires sur l’industrie supérieur à celui des autres secteurs et de la moyenne européenne.[1] Sous la pression de coûts élevés, de nombreuses entreprises ont cherché à préserver leur compétitivité‑prix en comprimant leurs marges, au détriment de l’investissement productif et de la montée en gamme. Cette stratégie fragilise la compétitivité hors prix (qualité, design, innovation) face à un pays comme l’Allemagne, où des entreprises du Mittelstand comme Bosch, Siemens, Schaeffler ont misé sur le haut de gamme et les technologies avancées.
- Point critique : progrès technique et préférences de consommation expliquent à eux seuls environ 40 % de la baisse de l’emploi manufacturier entre 1975 et 2015, selon une étude de la Banque de France publiée en 2017.[2][5]
- Délocalisation : le mouvement existe, notamment dans le textile, l’électronique grand public et une partie de l’automobile, mais il ne suffit pas à expliquer l’ampleur du phénomène.
- Facteurs institutionnels : fiscalité de production élevée, instabilité réglementaire, faiblesse relative de la formation professionnelle, particulièrement pour les moins diplômés, pointée par les analyses de Professions Financières et de l’OCDE.[1]
Notre appréciation est claire : la désindustrialisation française est d’abord le produit d’un choc de productivité interne combiné à une réorientation de la demande, puis amplifié par des choix collectifs peu favorables à l’investissement industriel de long terme. Focaliser le débat sur les seules délocalisations masque la responsabilité des politiques fiscales, de la formation et du positionnement stratégique des entreprises.
Emploi industriel : pertes massives et transformation du marché du travail #
Sur l’emploi, les chiffres sont sans ambiguïté. Les données de l’Insee, de la Banque de France et du Creg convergent pour établir que la France a perdu environ 2,5 millions d’emplois industriels depuis 1974.[2][3][4] Entre 1980 et 2007, ce sont 1 913 500 postes qui disparaissent dans l’industrie, alors que la part du secteur dans le PIB chute de 24 % à 14 %.[3] En 2020, l’industrie au sens strict emploie autour de 3 millions de personnes, soit environ 12 % de l’emploi total.[7]
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Les secteurs les plus touchés sont clairement identifiés : automobile (fermetures ou downsizing de sites comme Renault Flins ou PSA Aulnay‑sous‑Bois), sidérurgie (sites de Florange ou de Dunkerque), textile‑habillement dans le Nord et l’Est, chimie de base dans la vallée du Rhône. Ces territoires, comme le Nord‑Pas‑de‑Calais, la Lorraine ou la Franche‑Comté, ont vu s’installer un chômage durable et des difficultés de reconversion vers la logistique, les services ou l’économie verte.
- Régions emblématiques : bassins de Lille, Saint‑Étienne, Metz, Sochaux, où les restructurations industrielles ont profondément modifié le tissu social.
- Secteurs : automobile, métallurgie, mines, textile, chimie, papier, avec des gains de productivité élevés et des délocalisations ciblées vers l’Europe centrale et l’Asie.
- Qualité de l’emploi : montée des exigences en compétences numériques et techniques, alors que les dispositifs de formation initiale et continue restent en retrait par rapport aux standards de pays comme l’Allemagne ou les Pays‑Bas.[1]
Une partie du débat porte sur ce que l’on pourrait appeler l’ invisibilisation ? d’emplois industriels. Les travaux de la Revue de Géographie de l’Est estiment que les activités de services directement liées à l’industrie (R&D, design, maintenance, logistique industrielle) représentent désormais environ 4 millions d’emplois en France, soit un quadruplement en quarante ans.[8] Ces postes, souvent localisés à proximité des sites productifs, ne sont plus comptabilisés dans l’industrie au sens statistique, mais restent au cœur de la chaîne de valeur manufacturière. À nos yeux, ne pas intégrer ces emplois satellites ? conduit à sous‑estimer l’empreinte réelle de l’industrie dans l’économie.
Conséquences macroéconomiques : PIB, productivité, balance commerciale et compétitivité #
Sur le plan macroéconomique, la désindustrialisation se lit d’abord dans la structure du PIB. La part de l’industrie manufacturière recule de 19 % en 1975 à environ 10 % en 2015, soit une baisse de 9 points en quarante ans, selon la Banque de France.[5] Les données de l’Insee citées par Le Monde, quotidien national, indiquent qu’en 2025, l’industrie représente 13,5 % de la production nationale, contre 28,1 % en 1960.[4] Pourtant, la valeur absolue de la production industrielle dépasse aujourd’hui les 1 200 milliards d’euros, contre 38,4 milliards d’euros en 1960, ce qui reflète l’inflation, la croissance et les prix relatifs.[4]
Sur la balance commerciale, la France est passée d’un solde des échanges internationaux proche de l’équilibre au début des années 2000 à un déficit massif sur les produits manufacturés. Les données mises en avant par le Creg rappellent qu’en 2009, le déficit extérieur commercial atteint 58,9 milliards d’euros, en grande partie du fait des biens industriels.[3] Des analystes sectoriels soulignent que le basculement d’un excédent industriel à la fin des années 1990 vers un déficit chronique résulte à la fois d’une mauvaise compétitivité coût (charges, fiscalité, coûts salariaux) et d’une insuffisante compétitivité hors prix (innovation, qualité, design, image de marque, services associés).[1]
- Statistique clé : entre 1990 et 2019, le prix de la valeur ajoutée manufacturière baisse d’environ 2 %, tandis qu’il augmente de 53 % pour l’ensemble de l’économie, selon la DGE.[6]
- Conséquence : cette évolution des prix relatifs contribue mécaniquement à diminuer la part de l’industrie dans la valeur ajoutée totale, même à production constante en volume.
- Gains de productivité : ils soutiennent la croissance globale, mais déplacent la création d’emplois vers les services, ce qui pose la question de la qualité des emplois créés et de la souveraineté industrielle.
Nous défendons l’idée que la question centrale n’est pas tant le niveau ? de l’industrie que sa structure et son positionnement. Une économie où l’industrie se concentre sur des segments à forte valeur ajoutée, comme l’aéronautique avec Airbus, le luxe avec LVMH ou la pharmacie avec Sanofi, peut supporter une part industrielle plus faible dans le PIB, dès lors qu’elle maintient un excédent sur les échanges de biens à haute technologie. À l’inverse, une désindustrialisation non maîtrisée, combinée à une balance commerciale durablement déficitaire, fragilise la croissance et la capacité de financement du pays.
France, Allemagne, Royaume‑Uni : une comparaison internationale éclairante #
Dans le groupe des pays développés, la désindustrialisation est un phénomène quasi général, mais la trajectoire française se distingue nettement. Selon les travaux de la DGE, entre 2000 et 2019, la France perd 27 % de ses emplois manufacturiers, contre 13 % en moyenne dans l’Union européenne et seulement 6 % en Allemagne.[6] En part de PIB, la France et le Royaume‑Uni occupent le bas du classement du G7, loin des niveaux atteints par l’Allemagne ou le Japon.[1][6]
En Allemagne, la stratégie industrielle s’appuie sur le Mittelstand, ces entreprises de taille intermédiaire souvent familiales, fortement exportatrices, positionnées sur des niches à haute valeur ajoutée. Les politiques publiques, menées notamment par le Bundesministerium für Wirtschaft und Klimaschutz (BMWK), ont assuré une stabilité réglementaire, un système d’apprentissage dual performant et un soutien massif à l’exportation via des structures comme Germany Trade & Invest. Au Royaume‑Uni, la désindustrialisation est plus ancienne, portée par la montée des services financiers à Londres et, récemment, par les recompositions liées au Brexit, qui ont relancé le débat sur la souveraineté industrielle et la relocalisation de certaines productions.
- France : désindustrialisation rapide, forte tertiarisation, déficit commercial structurel, fiscalité de production élevée.
- Allemagne : désindustrialisation modérée, maintien d’un excédent commercial massif, spécialisation dans les biens d’équipement, l’automobile haut de gamme et la machine‑outil.
- Royaume‑Uni : bascule très forte vers les services, notamment financiers, politique industrielle plus fluctuante, enjeux nouveaux autour de la reconfiguration post‑Brexit.
À nos yeux, la comparaison met en lumière l’importance des politiques de long terme : formation professionnelle, soutien à l’innovation, structuration de chaînes de valeur complètes, stabilité fiscale. La France a trop souvent alterné plans de relance sectoriels, nationalisations ponctuelles et dispositifs fiscaux changeants, ce qui a brouillé la visibilité des industriels et parfois découragé l’investissement productif domestique.
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Politiques publiques et tentatives de réindustrialisation #
Les travaux récents de la Direction générale des entreprises indiquent que le mouvement de désindustrialisation s’interrompt au milieu des années 2010, avec une amorce de réindustrialisation observée entre 2016 et 2019, avant que la crise du Covid‑19 puis la guerre en Ukraine ne perturbent cette dynamique.[6] Cette inflexion est liée à plusieurs dispositifs : le Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi (CICE) lancé en 2013, la baisse progressive des impôts de production, la mise en place du programme Industrie du Futur en 2015 sous l’égide de l’Alliance Industrie du Futur, et, plus récemment, les plans France Relance (2020) et France 2030 (2021).
Le programme Industrie du Futur, soutenu par le Ministère de l’Économie et des Finances et la Banque Publique d’Investissement (Bpifrance), vise à accompagner plusieurs milliers de PME et ETI industrielles dans la digitalisation, la robotisation et l’adoption des technologies d’Industrie 4.0 (capteurs IoT, jumeaux numériques, Intelligence Artificielle). Les plans d’investissement de France 2030, annoncés par le président Emmanuel Macron en octobre 2021, ciblent des filières jugées stratégiques : batteries électriques, hydrogène décarboné, semi‑conducteurs, santé, aéronautique bas‑carbone.
- Enjeux des politiques : modernisation de l’appareil productif, montée en gamme, décarbonation, renforcement de la souveraineté industrielle sur les médicaments, les composants électroniques, les équipements énergétiques.
- Relocalisations ciblées : projets de gigafactories comme ceux de ACC (Automotive Cells Company) à Douvrin et Stellantis, ou de Verkor à Dunkerque, symbolisent cette stratégie de reconquête industrielle.
- Limites : ces initiatives restent concentrées sur quelques filières d’avenir et ne compensent pas, à court terme, la masse d’emplois perdus dans les secteurs traditionnels.
Nous considérons que la réindustrialisation ne pourra réussir que si ces programmes s’inscrivent dans la durée, avec une cohérence renforcée entre fiscalité, formation, innovation et politique commerciale. Les signaux sont encourageants sur la baisse des impôts de production et la montée en puissance de Bpifrance dans le financement des investissements industriels, mais le retard accumulé au cours des décennies précédentes demeure significatif.
Perspectives d’avenir : vers une nouvelle industrie française #
La transition énergétique, la numérisation et l’émergence de start‑ups industrielles ouvrent une fenêtre d’opportunité pour une nouvelle phase d’industrialisation. Les technologies liées à l’hydrogène décarboné, au stockage d’énergie, aux pompes à chaleur et aux matériaux bas‑carbone créent des perspectives de production en France, soutenues par les plans d’investissement publics et les réglementations européennes, comme le Green Deal et le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières.
Sur le volet de l’industrie 4.0, des entreprises françaises comme Dassault Systèmes, éditeur de logiciels de conception 3D, Schneider Electric, spécialiste de la gestion de l’énergie, ou encore des start‑ups comme Exotec, fabricant de robots logistiques, illustrent la capacité de l’écosystème à se positionner sur des segments à forte intensité technologique. Nous observons aussi la montée de jeunes acteurs deeptech soutenus par Bpifrance et le programme French Tech DeepNum 20, notamment dans la robotique, les biotechnologies industrielles et les technologies quantiques.
- Transition énergétique : nouveaux emplois industriels dans les énergies renouvelables, les batteries, les composants de réseaux électriques intelligents.
- Économie circulaire : création de filières de recyclage avancé (batteries, plastiques, métaux rares) autour d’acteurs comme Veolia ou Suez.
- Compétences : besoin massif d’ingénieurs, de techniciens supérieurs, d’opérateurs qualifiés maîtrisant la data, la robotique et la maintenance prédictive.
Pour que cette nouvelle industrie ? se matérialise, la France devra combler son retard sur la formation professionnelle. Les analyses de Professions Financières et de l’OCDE soulignent la faiblesse des compétences de base et des compétences non cognitives chez une partie des moins diplômés.[1] Nous estimons que la réussite de la réindustrialisation passe par une refonte des parcours d’apprentissage, de la filière CAP‑Bac pro jusqu’aux écoles d’ingénieurs, en lien avec les besoins des filières industrielles et l’essor de l’Intelligence Artificielle (IA) dans les usines.
Conclusion : les vraies causes, les vrais chiffres et les conditions d’une renaissance industrielle #
Les données convergent : la France a perdu plusieurs millions d’emplois industriels depuis le milieu des années 1970, avec une suppression de 1,9 million de postes entre 1980 et 2007 et un recul de près de 10 points de la part de l’industrie manufacturière dans le PIB entre 1975 et 2015.[2][3][5] Le pays est passé d’un excédent commercial sur les biens industriels à la fin des années 1990 à un déficit chronique, qui atteignait déjà 58,9 milliards d’euros en 2009.[3] L’analyse fine des causes montre que le progrès technique et l’évolution des préférences de consommation expliquent une part déterminante de ce mouvement, loin devant les seules délocalisations.[2][5]
- À retenir : la désindustrialisation française est un phénomène structurel de long terme, lié à la tertiarisation, aux gains de productivité et à des choix de politique économique.
- Spécificité française : désindustrialisation plus rapide, déficit commercial persistant, fiscalité de production élevée, trajectoire contrastée par rapport à l’Allemagne et au Royaume‑Uni.[1][6]
- Réponses en cours : amorce de réindustrialisation entre 2016 et 2019, programmes Industrie du Futur, France Relance et France 2030, relocalisations ciblées dans les secteurs stratégiques.
Nous sommes convaincus qu’une renaissance industrielle reste possible, à condition de traiter simultanément les leviers clés : innovation, montée en gamme, transition énergétique, souveraineté industrielle, formation des compétences et stabilité des politiques publiques. Pour les dirigeants industriels, les responsables publics et les citoyens, la désindustrialisation ne doit plus être envisagée comme une fatalité, mais comme un signal d’alarme invitant à repenser le modèle productif français autour d’une industrie plus technologique, plus verte et mieux ancrée dans les territoires.
Plan de l'article
- Désindustrialisation française : causes et vrais chiffres
- Comprendre la désindustrialisation française au-delà des idées reçues
- Une trajectoire historique : de l’âge d’or industriel aux années 2020
- Les vraies causes de la désindustrialisation française
- Emploi industriel : pertes massives et transformation du marché du travail
- Conséquences macroéconomiques : PIB, productivité, balance commerciale et compétitivité
- France, Allemagne, Royaume‑Uni : une comparaison internationale éclairante
- Politiques publiques et tentatives de réindustrialisation
- Perspectives d’avenir : vers une nouvelle industrie française
- Conclusion : les vraies causes, les vrais chiffres et les conditions d’une renaissance industrielle