Forges de Tarbes : mise en demeure et signalement à la justice pour la seule usine française de corps d’obus

Les Forges de Tarbes, seule usine française à fabriquer des corps d’obus de 155 mm, ont jusqu’au 31 décembre 2026 pour remettre en conformité leurs équipements sous pression, alors que l’État vient de signaler à la justice des décisions de gestion de leur propriétaire, Europlasma. En une semaine, du 9 au 16 octobre, le dossier est passé d’un contrôle technique de routine à une affaire suivie de près par la Direction générale de l’armement (DGA).

En bref
  • Mise en demeure de la préfecture des Hautes-Pyrénées : contrôles des équipements sous pression à jour avant le 31 décembre 2026, sous peine d’arrêt.
  • Jeudi 15 octobre, le délégué général pour l’armement a annoncé avoir saisi la procureure de la République.
  • Le même jour, la Fonderie de Bretagne, autre usine du groupe Europlasma, a été placée en liquidation : 244 salariés concernés.
  • Le contrat signé avec KNDS France prévoit entre 60 000 et 150 000 corps d’obus sur 2026-2028.

Que reproche la préfecture aux Forges de Tarbes ? #

Le point de départ est une inspection menée le 9 juillet 2026. Selon l’arrêté préfectoral repris par BFM Business, cinq équipements qui actionnent les presses hydrauliques étaient en retard de requalification depuis juin, et neuf autres devaient l’être à la mi-août.

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La mise en demeure, datée du 9 octobre selon France 3 Occitanie et rendue publique le lundi 12 octobre, impose que tous les équipements sous pression soient à jour de leurs contrôles au 31 décembre 2026. À défaut, ils devront être mis à l’arrêt. La préfecture évoque des sanctions administratives, indépendamment d’éventuelles poursuites pénales.

Un équipement sous pression (réservoir, accumulateur hydraulique, circuit) doit être requalifié à intervalles réguliers par un organisme habilité. Sans cette requalification, il ne peut plus légalement fonctionner. Pour une forge, c’est le cœur de la production : sans presses, pas de corps d’obus.

Pourquoi l’État a-t-il saisi la justice ? #

Le mardi 13 octobre, une délégation de la DGA s’est rendue à Tarbes pour vérifier « l’état du fonctionnement » de l’entreprise, rapporte France 3. Deux jours plus tard, le jeudi 15 octobre, son patron Patrick Pailloux était entendu par la commission de la Défense de l’Assemblée nationale.

Il y a indiqué avoir saisi « assez récemment » la procureure de la République des Hautes-Pyrénées au sujet de décisions de gestion récentes de l’entreprise, et que la situation financière s’était « dégradée rapidement cet été ». Ce signalement relève de l’article 40 du Code de procédure pénale, qui oblige une autorité publique à transmettre des faits susceptibles de constituer une infraction. Ce n’est ni une mise en examen ni une condamnation.

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Selon le site Entrevue, Europlasma a répondu le 16 octobre se tenir à la disposition des autorités judiciaires et n’avoir appris la procédure que par la presse.

Que se passe-t-il dans l’usine ? #

Les salariés, une soixantaine selon La Semaine des Pyrénées et BFM Business (70 selon France 3), ont découvert que les murs de leur usine avaient changé de propriétaire. Il s’agit d’une cession-bail : le bâtiment a été vendu puis reloué, tandis que les machines restent à l’entreprise. Ni l’acquéreur ni le prix n’ont été rendus publics.

D’après BFM Business, la production avait déjà été interrompue entre la mi-août et la mi-septembre. Les salariés signalent aussi des ruptures d’approvisionnement en matières premières, rapporte Le JDD, qui s’appuie sur Les Échos pour l’opération sur les murs.

BFM Business a consacré un sujet vidéo au dossier le 16 octobre.

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Pourquoi cette usine compte autant #

Les Forges de Tarbes sont le seul site industriel français qui produit des corps d’obus de 155 mm, le calibre du canon Caesar, utilisé notamment par l’armée ukrainienne. Le corps d’obus est l’enveloppe en acier forgé, qui est ensuite chargée en explosif par d’autres industriels.

En décembre 2025, KNDS France, qui fabrique le Caesar, a signé avec l’usine un accord de trois ans, reconductible trois ans, selon le communiqué publié par Europlasma. Il prévoit entre 60 000 et 150 000 corps d’obus sur 2026-2028. Ce passage de commandes annuelles à un contrat pluriannuel devait justement financer la montée en cadence.

Date Événement
2021 Reprise des Forges de Tarbes par Europlasma
Décembre 2025 Accord pluriannuel avec KNDS France (60 000 à 150 000 corps, 2026-2028)
Avril 2026 Europlasma annonce des négociations exclusives pour céder son pôle défense
9 juillet 2026 Inspection : équipements sous pression en retard de requalification
Mi-août à mi-septembre Production à l’arrêt (BFM Business)
12 octobre 2026 Mise en demeure préfectorale rendue publique
13 octobre 2026 Visite de la DGA sur le site
15 octobre 2026 Saisine de la justice annoncée ; liquidation de la Fonderie de Bretagne
31 décembre 2026 Date limite de mise en conformité

Qui est Europlasma, le propriétaire ? #

Europlasma, groupe basé dans les Landes et coté en Bourse, a repris les Forges de Tarbes en 2021. Spécialisé dans la reprise d’usines en difficulté, il possédait aussi la Fonderie de Bretagne, à Caudan (Morbihan). Selon France 3, le groupe a enregistré une perte nette de 35,6 millions d’euros en 2025, plus du double de l’exercice précédent.

En avril 2026, Europlasma a annoncé être en négociations exclusives avec un investisseur français non nommé pour céder ses activités défense, valorisées 150 millions d’euros. Aucune finalisation n’a été annoncée à ce jour. Dès le 15 avril, devant les députés, Patrick Pailloux jugeait le projet « tout sauf ficelé ».

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Le 15 octobre, le tribunal de commerce de Lorient a prononcé la liquidation de la Fonderie de Bretagne, faute de repreneur. Ses 244 salariés vont être licenciés, selon ICI Bretagne et l’AFP reprise par Boursorama.

Quelles issues possibles ? #

Selon une source citée par Le JDD, l’État aide Europlasma à trouver un repreneur pour ses activités de défense, et la nationalisation n’est pas à l’ordre du jour « à ce stade ». La DGA assure un suivi rapproché avec le ministère de l’Économie.

Trois échéances vont compter : la conformité des presses avant le 31 décembre, l’éventuelle suite donnée par le parquet de Tarbes au signalement, et la conclusion, ou non, de la vente du pôle défense. Pour comprendre la place de la forge dans la filière, notre article sur la métallurgie française et ses débouchés pose le contexte, et celui sur les causes de la désindustrialisation en France rappelle comment des savoir-faire uniques disparaissent.

Questions fréquentes #

Les Forges de Tarbes vont-elles fermer ?

Aucune fermeture n’est annoncée. L’usine doit mettre ses équipements sous pression en conformité avant le 31 décembre 2026, faute de quoi ils devront être arrêtés, ce qui stopperait la production.

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Que fabriquent exactement les Forges de Tarbes ?

Des corps d’obus de 155 mm, c’est à dire l’enveloppe en acier forgé des obus tirés notamment par le canon Caesar. C’est le seul site en France à produire ces pièces.

Europlasma est il poursuivi en justice ?

Non, pas à ce stade. La DGA a signalé des décisions de gestion à la procureure de la République des Hautes-Pyrénées. Ce signalement ne vaut ni poursuite ni condamnation.

À retenir #

  • Seule usine française de corps d’obus de 155 mm, les Forges de Tarbes doivent régulariser leurs équipements sous pression avant le 31 décembre 2026.
  • La DGA a signalé à la justice des décisions de gestion d’Europlasma, sans qu’aucune poursuite ne soit engagée à ce jour.
  • La vente du pôle défense du groupe, annoncée en avril pour 150 millions d’euros, n’est toujours pas conclue.

Sources : France 3 Occitanie, Le JDD, La Semaine des Pyrénées, communiqué Europlasma (KNDS), Theatrum Belli, ICI Bretagne.

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